dimanche, 18 août 2019|

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Le corps en situation coloniale-esclavagiste : ontologisation du corps et émancipation

La réflexion philosophique sur le corps a été ramenée classiquement à un dualisme métaphysique (âme/corps) à quelques exceptions près. Pourtant, l’expérience de l’esclavage moderne a fait voler en éclat un tel dualisme dans la mesure où l’esclave a été objectivé comme un pur corps non-animé par une âme humaine. Montesquieu disait déjà en 1748 dans De L’Esprit des lois (chapitre V du livre XV) qu’« On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. » Et « Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens » poursuit-il. Cela n’était pas une exception au siècle des Lumières et encore moins dans la tradition occidentale. L’ontologisation du corps du sujet altérisé expulse ce dernier hors de l’humanité en en faisant une figure de la bête et le rien car étant du côté du non-être (Césaire) pour l’Occidental esclavagiste. La bête fabriquée par la modernité est la figure archétypale du non-être. Toute la violence coloniale qui fit son entrée dans l’histoire en 1492 aura pour objet ce corps monstrueux qui ne renvoie pas tout à fait à l’humanité ni tout à fait à l’animalité. Le corps altérisé est une espèce de corps intermédiaire faisant l’objet d’une controverse à Valladolid où Las Casas et Sepúlveda s’affrontent tout en étant à l’intérieur de l’imaginaire chrétien. Comment se désapproprie/réapproprie de son corps lorsqu’il a été le siège de l’imaginaire colonial portant la signature perverse de celui-ci ? Quelles sont les conditions de possibilités de l’émancipation ? Pour mieux faire apparaître le rapport entre corps et émancipation à partir de l’expérience coloniale sans vouloir saisir ce qu’est le corps et encore moins de dire « ce que peut le Corps », comme s’il s’agissait de combler le vide laissé par la philosophie rappelé par Spinoza dans la deuxième partie de l’Ethique, on reprendra l’ultime prière de Frantz Fanon à la fin de Peau noire masque blanc  : « Ô mon corps fait de moi toujours un homme qui interroge » pour la laisser déployer afin que l’ex-colonisé sorte du schémas dans lequel il a été enfermé. Ce qui nous permettra de montrer en quoi, le corps ontologisé préfigure et dépasse en même temps la violence qui saisit le corps-vagabond et le corps de l’ouvrier dans les sociétés capitalistes. Il n’est donc pas pensable avec Michel Foucault. Il n’y a pas d’émancipation possible, pas de sortie possible de l’imaginaire colonial sans se détacher du corps esclave en tant que corps malade qu’on lui a imposé et contre lequel le colonisé s’est battu plus que partout ailleurs à Saint-Domingue (Haïti). Mais un tel détachement exige une transformation psychique de soi voire une abolition de soi comme libération intérieure consolidée dans les conditions matérielles d’existences.

 
A propos de "Les usages politiques du corps". Université d’été du 25 au 30 aout 2014 en Albanie.
New ethnic identifications are not created out of nowhere nor are they natural appearances of historic roots but usually follow a certain strategy which fulfills certain needs. One of the needs can be the avoidance of racist stereotypes. This is the case with Egyptians and Ashkali who try to (...)
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